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Université Paris-Dauphine
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Interview David Roussiere - Directeur Général Kuehne+Nagel Vietnam - Promotion 1994

Quel a été votre parcours professionnel depuis que vous avez obtenu le diplôme du Master 206 ?


Titulaire d’une Maitrise de Gestion et d’un diplôme de l’Ecole Supérieure de Commerce  de Tours (option Logistique), j’ai été diplômé en 1994 de ce qui était alors le D.E.S.S 206 - Distribution : Logistique, Vente & Négociation.

J’ai découvert la logistique industrielle au travers de stages sur l’optimisation des couts de transport d’une entreprise de biscuits Nantaise puis par la mise en place d’un logiciel de gestion d’entrepôt chez un producteur de Vins et Spiritueux.

J’ai très vite été attiré par le caractère pluridisciplinaires de ce qu’on n’appelait pas encore le Supply Chain. 
Cette année à Dauphine a parfaitement complété ma formation initiale en me donnant une approche pratique des métiers de la Distribution, des besoins en organisation logistique associés ainsi que de solides bases des techniques de négociations.

Enseignements que j’ai pu tout de suite appliquer lors de mon VSN en Hongrie où j’avais la charge d’identifier des partenaires commerciaux hongrois pour des entreprises françaises et de participer aux négociations et à la mise ne place des contrats.

Dans le milieu des années 90 et après leur sortie du Pacte de Varsovie, les pays d’Europe Centrale étaient en plein essor économique et offraient, pour de jeunes diplômés, non seulement de nombreuses possibilités d’emplois mais aussi l’opportunité d’accéder beaucoup plus rapidement à des postes à responsabilités plus larges. Ainsi depuis la Hongrie, j’ai rejoint un prestataire de services logistiques français dans son développement à l’international.

Dans un premier temps en Pologne avec pour mission de démarrer la logistique entrepôt et transport d’approvisionnement des hypermarchés d’un grand distributeur français, puis comme directeur des opérations en Tchéquie pour finalement prendre un poste de direction régionale en charge de l’optimisation des processus opérationnels et de la définition des solutions commerciales pour les nouveaux clients.
Après un passage de deux ans chez Hewlett Packard où, depuis Grenoble et pour la zone EMEA, j’ai mis en place le programme de support logistique des réseaux de services après-vente,  Kuehne + Nagel m’a proposé de revenir vers les métiers de la prestation de services logistiques en m’offrant depuis Vienne, Autriche, la direction régionale Europe de L’Est de la division Contract Logistics (Gestion des entrepôts, des services à valeurs ajoutées et de la Distribution).

Poste sur lequel je suis resté près de 8 ans et où j’ai eu la chance de découvrir la pluralité des cultures des 20 pays dont j’avais la responsabilité de gestion et de développement.

 

Pourquoi avoir choisi de poursuivre votre carrière en Asie du Sud Est et plus particulièrement au Vietnam ? 


Kuehne + Nagel s’est implanté au Viet Nam il y a plus de 23 ans avec pour mission de connecter les acteurs industriels de ce pays au reste du monde en les intégrant à son réseau et en offrant des services et des solutions contribuant à intégrer pleinement la production vietnamienne et ses besoins en importations dans une chaîne d'approvisionnement globale.

Au cours des dernières années, les autorités vietnamiennes ont lancé une série de réformes qui ont ouvert leur économie, créant un environnement social et économique qui renforce une classe moyenne en pleine croissance et devient un facteur de croissance à long terme.

La feuille de route débutée en 2007 en adhérant à l'OMC, offrant la possibilité aux investisseurs étrangers d'être pleinement en contrôle de leurs opérations, le développement de multiples Accords de Libre Échange que le pays a engagé depuis cinq ans, et la mise en place de la communauté économique de l'ASEAN, ont placé le Viet Nam sur une trajectoire économique fulgurante.

Le pays surpasse désormais ses voisins grâce à une forte performance des exportations, d’augmentation et de diversification de sa production industrielle et grâce à des investissements directs étrangers records.

Alimenté par cet environnement favorable aux investissements étrangers, par le renforcement de la demande intérieure, le PIB se positionne entre 6,7% et 7% par an depuis 2014.

En conséquence, le Viet Nam attire de plus en plus  de fabricants mondiaux de tous les secteurs non seulement pour expédier leurs produits à l'échelle mondiale, mais également pour distribuer leurs produits sur le marché local.

La population vietnamienne atteindra 105 millions de personnes en 2020, soit une augmentation de 12,6% par rapport à 2015. Cette croissance démographique et économique entraîne une forte demande de services logistiques de haute qualité, estimés à 12% en glissement annuel.

Pour tout ce qui précède, le Vietnam s'inscrit dans le développement dynamique global de l'Asie du Sud-Est, un marché stratégique clé pour Kuehne + Nagel à l'échelle mondiale.

Aussi, quand en 2014, la proposition m’a été faite de venir prendre la direction de ce pays pour compléter notre position de leader sur les flux d’exportations par le développement de notre réseau Import et la mise en place de solutions logistiques domestiques, je pense qu’il ne m’a pas fallu plus de 2 secondes pour accepter le challenge.

 

Justement, à propos de challenge, quels sont vos défis pour demain chez Kuehne + Nagel Vietnam ?


Dans les pays en fort développement comme le Viet Nam, les principaux challenges de la chaîne d'approvisionnement résident principalement dans la capacité à mettre en place les infrastructures et les ressources nécessaires pour faire face à la croissance rapide de la demande.

Malgré des améliorations récentes et permanentes, les inefficacités et les sous capacités des réseaux routiers et ferroviaires (qui au passage, pour ces derniers sont encore ceux que les Français avaient mis en place dans les années 50), des infrastructures portuaires et aériennes ou encore la qualité des entrepôts existants, assurant de bons niveaux de productivité sont autant de surcouts logistiques et de freins à la croissance.

Actuellement, le coût logistique s'élève à plus de 20% de la valeur nominale du PIB au Viet Nam, quand il se situe plutôt entre 7 et 9% dans les pays industrialisés et aux alentours de 10 à 12% chez nos voisins thaïlandais ou chinois.
Aussi, si ces défis ne sont pas résolus, ils peuvent maintenir les coûts logistiques à des niveaux relatifs très élevés et potentiellement compromettre le positionnement des produits fabriqués au Viet Nam sur les marchés mondiaux.

Ensuite il faut comprendre qu’actuellement le secteur se compose d’environ 300 000 entreprises au Vietnam. Entreprises qui emploient 1,5 million de personnes, dont 40% à Ho Chi Minh-Ville

Alors que l'industrie de la logistique fait face à cette forte croissance, il devient de plus en plus difficile pour les entreprises de trouver des personnels qualifiés alors que dans le même temps, le pays manque de formations professionnelles orientant les étudiants vers la Supply Chain.

Cependant, les écoles et universités vietnamiennes en collaboration avec des écoles européennes et américaines travaillent à remédier à ces déficiences. Par exemple, l'Université des Transports de la ville de Ho Chi Minh Ville et l'Université Maritime du Vietnam ont toutes deux récemment ouvert de nouvelles installations qui se concentreront sur l'enseignement des carrières de la logistique.

Nos équipes considèrent ces défis comme autant de challenges qui doivent être surmontés tout en trouvant des solutions compétitives et fiables et en mettant des programmes de formations internes.

Les autorités locales ont largement conscience de ces faiblesses et ont engagé les efforts nécessaires de modernisation, à la fois des infrastructures et des systèmes de formations.

Nous restons très optimistes sur nos capacités de développement au Viet Nam.

Selon les dernières estimations, plus de 50% des besoins en logistique au Vietnam ne sont pas satisfaits - ce qui finalement représentent autant d’opportunités pour des sociétés comme la nôtre !

Le dernier défi qui se présente à nous, mais pas seulement au Viet Nam, et que nos métiers, comme beaucoup d’autres, doivent faire face à des changements radicaux dans les habitudes de consommations et doivent constamment se remettre en question a la même vitesse que le développement technologique.

 

Pensez-vous que la blockchain puisse révolutionner la logistique ? Voyez-vous d’autres outils prometteurs pour ce domaine ?


Le secteur des métiers liés à la logistique est celui qui emploie le plus grand nombre de personnes dans le monde.

Son développement au cours des dernières décennies s’est tout d’abord articulé autour de la globalisation de l’économie pour ensuite faire face à la demande grandissante d’une population croissante.
Dès les premiers temps, il a fallu constamment innover notamment en matière de scalabilité, de transparence, de traçabilité, afin de réduire les temps de mise et les couts de mise à disposition des produits sur les marches depuis leur lieu de production.

Dans le contexte d’accélération des développements technologiques actuels, la blockchain représente un potentiel disruptif évident pour l’ensemble de la Supply Chain.

Elle permettrait notamment :

- d’automatiser les processus d’achat en mettant en place des contrats automatiques,

- de fluidifier les échanges en réduisant en temps quasi-réel les délais de validation entre fournisseurs et clients, 

- l’assurance une traçabilité totale

- d’uniformiser les documents internes en évitant la multiplication des versions des documents.


Si la blockchain ne résoudra pas à elle seule l’ensemble des défis de la Supply Chain et de la logistique, elle pourra cependant contribuer à sécuriser et accélérer les échanges, lutter contre les fraudes et limiter les erreurs.

Pour l’heure, la formule n’est pas complètement applicable car le seul traitement de transactions à un ou deux chiffres par seconde, n’est pas totalement adapté.

Comme dans d’autres industries, la blockchain apparait plus comme un moyen de rendre les systèmes plus transparents, plus robustes et moins dépendants des intermédiaires plutôt qu’un outil pour améliorer l’efficacité de la chaine logistique.

Pour le moment, la digitalisation des processus, l’utilisation de l’intelligence artificielle dans le traitement des données ou l’anticipation des tendances, ou encore la flexibilité et la simplicité d’installation de co-bots restent des systèmes beaucoup plus efficaces à court terme.

 

Quel conseil de carrière donneriez-vous à un(e) jeune diplômé(e) entrant sur le marché du travail ?

 

Difficile de donner des conseils de carrière dans un contexte où les métiers, les industries et les habitudes de consommation sont en changement permanent.
A l’instar de Steve Jobs, en tant qu’employeur sur un secteur en forte demande, nous ne recrutons pas des candidats pour simplement leur dire comment faire, mais recherchons plutôt des profils aux potentiels de nous dire comment faire évoluer nos métiers…. Ouvrez vos horizons, sortez de votre zone de confort, restez ambitieux et positif….  Et pour ceux qui auraient encore quelques doutes, je vous invite à lire l’excellent bouquin de Johan Norberg : « Non, ce n'était pas mieux avant ».
J’espère, comme j’avais essayé de le faire lors de la visite des étudiants de la promo 2018 du Master 206 à Saigon en mai, avoir donné des envies d’Asie et ouvert des appétits sur les potentiels des métiers de la Supply Chain.

Contacts

Responsables de la formation :

- Valérie RENAUDIN
- Joël PLAT

Assistante de formation :

Olivia TRINIAC
Tel : 01 44 05 41 07
Bureau : D415
olivia.triniacdeparade@dauphine.fr